En cuisine je faisais 90 heures semaine,

et comme pâtissier, je commençais à trois heures du mat, et je terminais à 3 ou 4 heures de l’après-midi, avec un jour de congé par semaine. J’ai fait ça pendant deux ans. Et puis ça m’a pris la tête et je me suis barré…J’ai commencé à taffer à 16 ans.  Je préférais faire la fête et ça m’a bien calmé de bosser là-dedans ! C’est peut-être ça qui m’a dégoûté du travail pour des patrons de merde. Ça m’a dégoûté parce que tout le monde faisait genre des bons gâteaux, et le pire travail c’était pour l’apprenti. Je faisais les pires besognes, je nettoyais tout, je passais le balai au lieu d’apprendre mon métier. Passer le balai et nettoyer leur merde ! Pour le patron c’était normal. L’apprenti… t’es au-dessous de tout et t’apprends ce qu’il a envie de te donner, et le reste tu fais les pires trucs.

Aux saisons, tu travailles toute la journée avec tes potes,

moi ça me file la pêche. Le soir on est fatigué, mais t’as passé une bonne journée. Moi, je me lève le matin, je suis content d’aller à ce boulot. Si tu te lèves le matin, et que ça te blase déjà, c’est pas la peine… Pour l’instant je vais faire les saisons autant que je peux et si plus tard je me pécho ma petite ferme avec mes potes, on va essayer de se pécho un vieux village abandonné, le remettre en état et être autonome quoi ! (…) On a déjà croisé plusieurs villages de gens qui faisaient ça et qui avaient retapé des baraques, qui ont rénové des maisons, avec même l’Etat qui leur a donné des subventions pour ça. Là, ils squattent, ils font leurs produits bio et ils les vendent sur les marchés, ils arrivent à vivre comme ça quoi. C’est dans les Pyrénées. On est tombé dessus par hasard. J’étais avec des potes en camion et on s’est arrêté dans un petit village pour faire une halte, et on a rencontré des mecs qui nous ont dit qu’ils étaient dans un petit hameau un peu plus haut, et qu’ils avaient ouvert un hameau et tout rénové dedans. C’était un pur village ! Ils avaient chacun leur petite maison et ils faisaient chacun leurs trucs : il y avait un menuisier, un boulanger… Chacun faisait ce qu’il savait faire et ils s’arrangeaient comme ça.

J’ai de la famille en Pologne,

et ça fait longtemps que je ne les ai pas vus. (…) Là-bas le capitalisme a été amené par les gros états. Quand j’y allais étant gosse, je me rappelle, il n’y avait pas d’industrie. Les mecs travaillaient dans leurs fermes et la dernière fois que j’y suis allé, j’ai vu toutes les grosses entreprises, genre Auchan, ils se sont implantés là-bas. Ils font travailler les Polonais là-dedans, et pour eux c’est de la main d’œuvre pas chère. Ma grand mère est polonaise. Ils sont venus après la seconde guerre. Mon arrière grand-père s’est fait déporté dans le camp d’Auschwitz, il s’est évadé et après ça, ils ont tracé et ils sont venus en France. Ils ont fait ma grand-mère, qui a fait ma mère et voilà. Je suis allé une vingtaine de fois en Pologne depuis que je suis gosse et quand j’étais petit, j’y allais une à deux fois par an. Si quelqu’un parle en polonais, je comprends tout ce qu’il me dit et je peux me démerder pour lui parler aussi. Là-bas le salaire moyen, c’est 250, 300 euros par mois. Avec un salaire moyen d’ici, ils peuvent faire vivre leur famille là-bas 4 ou 5 mois, c’est pour ça qu’ils viennent bosser ici.

Mon chien s’appelle Vynil,

ça fait 4 ans que je l’ai. Je l’ai récupéré chez un mec qui voulait s’en débarrasser, le mettre à la SPA, parce qu’il faisait des carnages pas possible. Il laissait le chien enfermé chez lui quand il allait au boulot. Il rentrait chez lui vers 6 heures, et le chien, il avait fait des carnages, bouffé des meubles et chié partout. Je suis arrivé au moment où il voulait le mettre à la SPA, et je lui ai dit : “il y a pas moyen que tu foutes ça à la SPA”, et depuis c’est mon chien. Il s’est calmé. Je l’ai récupéré, c’était une petite boule, il avait un problème aux pattes de devant, il était trop gros parce qu’il sortait jamais, là c’est bon, il a la forme. Justement ça lui fait du bien d’être tout le temps en plein air, je l’emmène se baigner et gambader, c’est bon, il est heureux.
Il est toujours avec moi le chien. Cet hiver on va ouvrir un squat à Bayonne et il va venir avec. Quand j’ai besoin d’affection et qu’il y a personne, ben il est là, c’est mon chien. Il le sait.