Lorsque Jérôme et Estelle arrivent à destination, Daniel, co-propriétaire du lieu, les accueille. La maison et le terrain ont été achetés par sa grand-mère à la fin des années 60. Son père, sculpteur, y a vécu quelques années et a décidé de léguer l’endroit à ses quatre enfants. Daniel partage donc ce terrain de 9 hectares avec ses frères et sœurs. À quelques pas de la maison, d’autres amis, artisans, circassiens, agriculteurs bio et parfois anciens routards, ont élu domicile et garé leurs caravanes. La propriété est une forme de communauté où l’entraide est de mise. L’écologie est au cœur des préoccupations de chacun : des toilettes sèches et une douche ont été installées au milieu des caravanes.


Une caravane transformée en maison et un atelier de menuiserie en cours de fabrication.

Nous filmons un dialogue entre Jérôme, Estelle et Daniel, qui est en train de monter des parpaings pour fabriquer  son futur atelier de coutellerie.

Daniel : Ça fait deux ou trois ans que je roule avec mon camion, je l’ai acheté quand je bossais avec les compagnons de France, c’était pratique, je pouvais travailler et dormir avec. Je m’en sépare parce que je vais m’installer, faire de la forgerie et de la coutellerie… Et ça tombe bien que toi, tu le veuilles.

Estelle : Moi je veux partir en Roumanie, pendant trois mois. Là-bas on va faire un diagnostique sur les déchets…

Daniel : Les déchets ? Par rapport à l’eau, à la forêt ?

Estelle : Un peu tout…  C’est destiné aux collectivités territoriales là-bas, elles en feront ce qu’elles veulent…

Daniel : C’est intéressant !

Estelle : On est 4, et moi je suis en service civil volontaire.

Jérôme (à Daniel) : Toi, ça te fait pas peur de ne plus bouger, de rester sédentaire ?

Daniel : En Inde avec ma copine, je me suis dit qu’il fallait que je réalise des trucs avant de voyager. Je suis rentré pour faire ça. Y a beaucoup de projets ici à la maison, on veut faire une association pour faire des festivals de théâtre.

Estelle : C’est vrai que le terrain est bien pour ça.

Daniel : Y a des potes qui ont installé leur chapiteau pour répéter leur spectacle pendant 3 mois… Depuis quand on se connaît Jérôme ?

Jérôme : Un an ?

Daniel : Toi t’as pas envie de te poser tout de suite, hein ?

Jérôme : Les gens, la terre, l’ambiance, j’ai pas encore trouvé.

Daniel : Nous, on se dit qu’on ne peut pas tout faire, mais à plusieurs ça marche. Y en a qui s’occupe bien des bêtes, un autre des légumes ou du jardin… On a fait un regroupement en association pour faire les produits bio. Ça permet d’acheter des produits de saison toute l’année. On fait le pain ici aussi, y a un grand four chez ma grand-mère. C’est moi qui fais le pain. On le congèle, ça fait quatre mois qu’on le fait… Du coup ça marche. Bob cultive des plantes bio, y en a un qui fait son atelier menuiserie et ébénisterie, y a l’atelier de métal, y a la peinture, la musique et le cirque. C’est un petit village avec tous les gens de passage aussi. Je me pose pour pouvoir donner l’occasion à d’autres de venir ici.




Bob, agriculteur bio, dans son champ en friche