Zion est une référence très courante dans le Reggae. Le terme est emprunté à la culture africaine. On l’emploie pour décrire une sphère spirituelle saine, un paradis, une sorte de Nirvana des sens : tout un idéal incarné dans la peau du toutou.

Zion n’écoute pas Little, qui veut absolument lui faire renifler son père. Julie en profite pour rappeler la généalogie du chien. Un des bâtard sorti du camion est son oncle, un autre son père, et le chien de Bitch est un cousin éloigné.

Une fois les retrouvailles consommées, Bitch, Julie, Little et ses chiens traversent le village pour retrouver leurs amis, les propriétaires du camion, qui sont calés au Baratin, le bar du village.

Bitch et Little étaient déjà souls à leur descente de train et la fête continue à coups de demis. Un de leurs amis est surnommé Nietzsche. Il tombe à plusieurs reprises sur le sol, raide comme un mort, la tête la première. On finit par l’asseoir contre un mur. Guest Society, un groupe de dub aquitain, joue à l’intérieur du bar. La musique lancinante accompagne la soirée.  Une autre fille de la bande échange des injures et quelques coups de boule avec son petit ami. Nous sommes dépités. Bitch et Little ne désouleront pas du Week-end. Après avoir fait quelques plans du groupe de musique, nous arrêtons de filmer.

Zoltan (le chef opérateur), Bitch et Nietzsche chez un ami de Little à Parthenay

Bitch et Nietzsche ont fini la vodka pour célébrer Zion


Bitch et Nietzsche s’endorment

Le lendemain Bitch et Julie passent la journée ensemble, enfermés dans leur camion. Il fait très froid. Bitch ne sort que pour aller chercher un Grec dans le village. Nous filmons Parthenay. C’est une ville médiévale qui fut un des chemin secondaire du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. L’architecture est magnifique, mais la ville est vide. Au 19ème siècle, l’économie était dominé par le textile, la tannerie et le commerce des bestiaux, mais aujourd’hui les commerces sont abandonnés, la population vieillissante et nous avons l’impression de filmer un musée vide. Les amis de Bitch se retrouvent là entre deux saisons agricoles. Ils viennent de finir les vendanges dans le bordelais et l’un d’entre eux loue un appartement à pas cher dans le centre historique. Nous filmons les remparts  et les oiseaux qui piaillent dans les arbres puis nous rejoignons Little qui a dormi au centre ville avec ses amis. J’insiste pour qu’il sorte avec ses chiens et nous le filmons dans les rues du village. Les quelques badauds en promenade du dimanche s’écartent sur son passage. Il est encore soul au réveil, mais se prête au jeu. Little s’enfonce dans le dédale des rues, ses vêtements sont plein de boue et décolorés. Il appelle Zion, qui coure devant et le perd. Nous filmons l’errance.

Dans l’après-midi, je veux faire une interview sur les chiens. Bitch explique que son chien lui permet de réguler son emploi du temps. Nourrir l’animal, lui donner à boire, l’oblige à se tenir à des horaires, même dans les moments de défonce. L’interview tourne rapidement au vinaigre parce que Julie râle. Il faut sortir le chien de Bitch  pour qu’il pisse et c’est plus important que l’interview selon elle. La tension monte. Nous la filmons qui promène le chien de Bitch, mais nous arrêtons rapidement. Elle est en colère et ne voit pas l’intérêt de cette séquence. La journée se termine sur les remparts de Parthenay. Bitch et Little enchaînent les « glissettes », des petits shots de vodka mélangés à du sirop de menthe. La zone l’hiver c’est ça : des squats en appartement, des rêves noyés dans l’alcool, le froid qui prend les chairs et ne donne plus envie d’ôter ses vêtements pour se laver. Un grand écart se creuse entre le discoursde Bitch l’été, plein d’un idéal fantasmé de la route et ce que nous avons filmé : des hommes qui courent après leurs chiens.

Notre camion, garé sur la place de l’église de Parthenay.