Julie sur les remparts de Puymirol avec ses trois chiens, Krishka, Daisy et Bambou

JULIE

Julie est née à Puymirol. Elle a un appartement dans une petite ville à côté, mais en ce moment, elle vit chez sa mère dans la région, à cause des chiens qui ne supportent pas la vie entre quatre murs. Elle a trois molosses : une femelle adulte, Krishka (le nom d’une bière russe), et deux de ses petits âgés de 4 mois, Daisy et Bambou.


Julie nous demande à quoi ressemble Paris et si nous avons accès à des champs là-bas. Elle n’a pour ainsi dire jamais quitté la région, sauf deux courtes fois, pour se rendre à Lyon et à Amsterdam. Elle nous emmène derrière les remparts du village pour fumer un pétard et faire boire ses chiens à la fontaine.

Julie fait boire ses chiens à la fontaine de Puymirol

Julie a grandi avec sa mère, qui travaille dans une maison de retraite. Elle a commencé un BEP de mécanique, mais « c’était nul à chier ». Ensuite elle a fait une formation pour créer sa propre entreprise. Elle s’est installée dans une ville en banlieue d’Agen, et y a ouvert une boutique de dépôt-vente de vêtements et de piercing. Elle habitait au-dessus du magasin. Seulement voilà, « c’est une ville de vieux », « il y a aussi plein de rebeus, trop cons et agressifs ». Elle n’a pas réussi à faire tourner la boîte, malgré les « quelques potes qui venaient se faire percer ». « Mauvais calcul », soupire-t-elle. L’appartement est vite devenu un squat de zonards, mais Julie pense surtout qu’elle aurait dû tenter cette expérience dans une plus grande ville. Quand l’affaire s’est cassée la figure, Julie a décidé de partir seule avec une tente à Agen, pour découvrir la ville. 6 mois à fréquenter la zone. Julie est tombée malade à cause du froid et des mauvaises conditions de vie. « Il y a beaucoup de gens qui se piquent, les jeunes, ça va, mais les vieux sont trash », dit-elle. Sa mère a repris en main la situation et l’a emmenée à l’hôpital. Elle lui a juré qu’elle voulait s’en sortir, pour ne pas finir comme ceux qu’elle avait vu accrochés à leurs seringues.

Julie descend les remparts de Puymirol avec ses trois chiens.

Donc voilà Julie qui erre dans le village de son enfance et qui ne sait plus comment rebondir. Elle a bien essayé de ramasser les prunes en été dans la région. Elle a trouvé un emploi au centre de l’agriculture. Le propriétaire qui l’a embauchée a des entreprises en Turquie, au Maroc et plusieurs hectares de prunes dans le Lot-et-Garonne. Elle a travaillé 9 heures par jour pendant 7 jours d’affilée. « Pas de pause clope, pas de goûter, les patrons nous traitaient comme des chiens ». Julie n’a pas supporté. Les saisonniers qui étaient employés avec elle formaient une communauté de travelers. « Ils sont restés pour faire des thunes », nous explique-t-elle, « mais il y a failli avoir une bagarre avec le fils du patron, qui venait couper leur musique le soir ».

Julie a perdu son permis de conduire dans une sombre affaire, en revenant d’une soirée. Elle a fait quatre tonneaux avec son véhicule. Sortie miraculeusement indemne de l’accident, elle est rentrée en stop, abandonnant la voiture sur la chaussée. Quelques mois plus tard, les gendarmes l’ont convoquée et accusée sans preuve d’avoir conduit en état d’ivresse. Le copain de Julie, François, est fils d’agriculteur. À la suite d’un test salivaire, Il s’est fait également retirer son permis par les gendarmes, alors qu’il roulait sur une route de campagne non loin de chez lui en fin de matinée. Le contrôle était pour le moins inattendu. Il avait fumé du cannabis la veille.

Cette situation est dramatique pour les jeunes vivant à la campagne. Ces retraits de permis les isolent complètement, tout devient plus compliqué : chercher du travail, fréquenter les amis, faire la moindre course…

LES AMIS DE JULIE

Julie nous a présenté ses amis de Puymirol, deux couples de 25 ans qui habitent au centre ville avec leurs chiens : Alex et Anouk, Antonin et Léa. Ils sont tous originaires de la région. Les deux filles ont suivi des études supérieures. Ils projettent de louer ensemble une grande maison à la campagne. Alex pourra ainsi garer le poids lourd qu’il a acheté, l’aménager en espace vivable pour plus tard se déplacer au rythme des saisons agricoles.


Alex et son chien en balade dans la région de Puymirol

Dans la semaine, nous rencontrons un autre couple, lié à ce groupe. Ils rentrent du Danemark, où ils ont passé plusieurs mois en camion à ramasser les choux. La récolte des légumes dans le Nord de l’Europe est mieux payée et mieux organisée qu’en France. Les relations avec les patrons étaient cordiales. Ils sont rentrés satisfaits de leur voyage. Ils ont garé leur camion sur la place du village. Je les prends en photo et réalise un entretien filmé avec eux. Ils nous racontent qu’ils ont connu les Tomahawk, des travelers français, qui ont traversé l’Amérique, du Canada au Brésil. L’aventure techno est pour eux une référence. Un des membres des Tomahawk s’est fait tué d’une balle dans la tête au Brésil par un adolescent délinquant de 14 ans.

Le amis de Julie de retour du Danemark devant leur camion.

Après ces rencontres, je me rends compte que les vies de zonards et de travelers se croisent et correspondent à des étapes d’âges différents, avec des degrés divers d’organisation, lesquels se développent au fur et à mesure de leurs expériences d’itinérants. Le film doit faire état de la pluralité de ces situations.