cielbando
Pour approfondir encore la notion de nomadisme, je voudrais partager avec vous quelques écrits d’un autre écrivain, Kenneth White, auteur de l’essai L’Esprit nomade. Chantre du nomadisme intellectuel, ses réflexions aident à esquisser une définition du nomade et à réfléchir à la forme du film.

Errance, dérive, esprit nomade, ces mots sont pour moi trois mots clés et il y a là presque un progrès, il y a presque un mouvement en avant. L’errance d’abord, l’errance c'est-à-dire le simple plaisir de sortir, de humer le vent, de flairer les choses, de suivre des pistes, des sentiers. Je crois que dans chacun et chacune de nous, il y a ce besoin fondamental… s’ouvrir au monde, évoluer dans l’ouvert, ça c’est l’errance, l’errance au sens premier, au sens très frais du terme. Dérive, c’est déjà un peu plus complexe. Dérive, c’est dé-river, c’est quitter des rives. C’est quitter peut-être une certaine société, quitter certaines idéologies, c’est quitter, dans mon vocabulaire, certaines façons de penser, c’est quitter peut-être une civilisation, un état des civilisations, pour essayer d’aborder d’autres rives à travers un grand espace. (…) Autant dans un premier temps c’était la flânerie (…) à laquelle il faut toujours revenir. Avec dérive, on est déjà dans un espace plus exigeant, plus chercheur, on dérive pour aller quelque part, pour trouver autre chose. Avec l’esprit nomade, on est dans toute une cartographie. C’est là où j’ai commencé à écrire mes essais, c'est-à-dire des tentatives de pensée. Essayer de penser. Le nomade intellectuel essaye de suivre des pistes et essaye d’ouvrir un nouvel espace de culture, de vie, de pensée…