LE PITCH

Et si vos enfants décidaient, demain, de prendre la route pour fuir un système éducatif, social et politique auquel ils n’adhèrent pas ?

C’est le cas de 50 000 jeunes Français aujourd’hui. Ils ont entre 15 et 25 ans, et ils ont choisi l’errance.

Vous les avez vus aux portes des supermarchés, qui vous tendaient la main. Vous les avez peut-être croisés sur la route des festivals techno, entourés de leurs cabots. Ils parcourent l’Europe en camion, au gré des petits boulots saisonniers, de la manche et du hasard des rencontres.

En rupture familiale, ces adolescents zonards sont issus de la France moyenne et “intégrée”, celle des campagnes et des zones péri-urbaines. Ils auraient pu avoir un toit, étudier et trouver un emploi. Mais ils ont choisi de vivre en bande, sur les routes, avec leurs chiens. Ils ont fait vœu de pauvreté, et prétendent construire un autre modèle de vie en société, libertaire, nomade et hédoniste.

Adolescents rebelles, ces jeunes incarnent peut-être les nouveaux utopistes. Guidés par un principe de plaisir et de liberté immédiate, ils sont prêts à tout risquer et à payer le prix fort : la vie dans la rue, la violence, le froid, la drogue.

Rencontre vertigineuse avec une jeunesse en marge, qui essaie tant bien que mal de vivre “autrement”.

PORTRAIT D’UNE GÉNÉRATION EN ERRANCE

TROUVER SA VOIE?

Le phénomène du nomadisme adolescent touche principalement une classe moyenne en voie de précarisation. La plupart des jeunes concernés ont grandi en zone rurale ou péri-urbaine, dans des foyers, fragilisés par des séparations, le chômage ou l’alcoolisme. Depuis une dizaine d’années, le phénomène s’est amplifié et touche aussi des jeunes de milieux plus aisés, des « bourges », comme ils disent entre eux.

La plupart de ces jeunes a le baccalauréat, certains sont allés jusqu’au premier cycle universitaire. Mais ils affirment tous n’avoir trouvé de réponse aux questionnements cruciaux de l’adolescence ni dans le foyer familial, ni dans le système éducatif.

Le nomadisme est pour ces adolescents à la fois un idéal vécu et une nécessité économique. Sur la route, ils cherchent “la liberté”, et les rencontres avec d’autres jeunes avec qui partager l’expérience de la vie en marge. Mais leurs déplacements sont aussi commandés par la nécessité de subsister, au gré de petits boulots saisonniers dans l’agriculture ou le tourisme.

Le film explorera ce double mouvement d’idéal libertaire et de confrontation brutale aux réalités : c’est bien souvent dans cette tension que s’opère, pour ces jeunes, le passage à l’âge d’adulte.

LE SOLITAIRE, LE COUPLE ET LA MEUTE

Trois figures régissent “la zone” : le solitaire, le couple et la meute. Les personnages principaux du film représenteront chacun ces trois types (qui sont aussi des étapes) de mode de vie nomade. Le départ est le plus souvent le fruit d’une décision individuelle : c’est dans la solitude que débute l’existence nomade. Si l’errance se prolonge, les jeunes se mettent en couple, puis forment au gré des rencontres des petits groupes affinitaires qui vivent et se déplacent en communauté.

Ces trois visages de l’adolescence nomade devront apparaître clairement dans le film, comme autant d’étapes d’apprentissage de la vie en société. Nous choisirons comme intervenants principaux, un ‘‘novice’’, qui fait ses premiers pas sur la route, une jeune fille solitaire issue de la classe moyenne, un couple (modèle minimal de la socialisation), et un ‘‘chef de meute’’ qui organise une communauté d’adolescents.


Le film montrera comment les couples supportent mieux les difficultés du nomadisme. La vie à deux garantit une compagnie sûre et impose un minimum d’organisation et de cadre à ce mode de vie extrêmement précaire.

À mesure que le récit se déroulera, le spectateur verra comment les communautés se font et se défont autour de l’achat d’un camion, élément crucial de la vie nomade, qui leur permet de se déplacer comme de se loger facilement.

On comprendra comment ces communautés s’organisent autour de personnalités fortes, charismatiques, capables d’imposer et de faire respecter les règles, et de régir, tant bien que mal, des parcours chaotiques où les drogues occupent une place importante.

UN IDÉAL DE PAUVRETÉ

Les grandes métropoles renvoient aux néo-nomades l’image d’un mode de vie “aliénant”, “dénaturé”, auquel ils ne souhaitent pas adhérer.

Chacun a pu voir ces jeunes et leurs chiens aux portes des supermarchés, dans les halls de gare, tendant la main au passant. La manche n’est pourtant pas leur unique moyen de subsistance. Le film montrera comment bien souvent la route débute dans le tumulte des villes, et de quelle manière les adolescents inventent mille façons de survivre sans argent. Le film s’interrogera sur l’image que les adolescents nomades donnent d’eux-mêmes dans les milieux urbains. La mendicité est pour eux une façon de revendiquer leur présence au cœur de la vie sociale, de montrer qu’ils existent en ville, là où le modèle dominant qu’ils rejettent s’exerce avec le plus de force.

Pour les adolescents de la route, l’argent est un moyen et non une fin. Il sert à assurer le minimum vital : se nourrir, nourrir leurs chiens, se vêtir, acheter de l’alcool et des stupéfiants. Ils développent des petits savoir-faire comme le jonglage, le tressage de cheveux, la vente foraine occasionnelle de produits artisanaux.

La plupart préfèrent travailler comme saisonnier plutôt que de s’installer dans une vie sédentaire. Depuis les années 90, ces ados grossissent les rangs des Maghrébins et des Gitans dans les exploitations agricoles françaises. Les paysans apprécient beaucoup leur main-d’œuvre : “Ce sont des gens bien éduqués et travailleurs”, témoigne un agriculteur du Lot-et-Garonne. Le film insistera sur l’idée que, aussi inattendu que cela paraisse, pour ces jeunes le travail physique reste une valeur fondamentale.

DES ADOS ET DES CHIENS

Pour survivre dans la zone et supporter la solitude, les chiens sont indispensables. Ils assurent aux néo-nomades une protection en cas de danger, mais surtout une compagnie sûre. Certains vont jusqu’à partager leurs stupéfiants (acides, ecstasy…) avec les chiens et dormir dans le même sac de couchage que leur animal.

Les chiens sont également un moyen d’échapper au contrôle de la police, qui ne veut pas de ces animaux dans ses locaux; ils deviennent ainsi les fragiles garants d’une vie qui ne finit pas au poste. La possession de ces animaux (et notamment des chiennes) permet en outre aux adolescents de se créer un réseau d’amis en passant par l’élevage et le don de chiots. Les chiens accompagnent donc leur vie, et auront une importante place visuelle dans le film, comme symbole de l’errance et miroir de la condition choisie par les néo-nomades.

VIVRE AU PRÉSENT

Même s’ils mènent une existence difficile, les néo-nomades sont guidés par un principe de plaisir et de jouissance immédiate. La fête, la musique, les drogues occupent une place importante dans leur mode de vie.

Conscient des risques et des dangers propres à ces pratiques, le film doit néanmoins retranscrire la soif d’une existence brûlée à l’aune du présent. Un soin tout particulier sera apporté aux images de paysages et d’euphorie incandescente de ces adolescents. Le spectateur découvrira une génération pleine d’une force trouble, baignée dans la beauté et la variété des paysages qu’ils découvrent.

Les néo-nomades seront présentés comme non seulement des symptômes mais des témoins avisés de notre époque. Dans les rues, dans les grandes villes, dans les campagnes, ils recueillent les points de vue de l’ensemble de la société : paysans, bourgeoisie citadine, personnes âgées, clochards…

À travers ces adolescents et leur mode de vie, le film sera donc aussi une radiographie de la France populaire d’aujourd’hui.